Accompagnée de quelques membres de son équipage, Lucila avait gagné le pont de l'illustre navire de La Grappa.
L'attente n'avait pas été longue. Inexistante était un adjectif bien plus approprié. L'accueil? Instantané, ne laissant pas une minute de répit à la jeune ex-capitaine espagnole et ses hommes.
Un corsaire à la mine jovial s'était présenté à eux pour mieux se fendre d'une révérence si outrageusement exagérée qu'elle aurait pu faire pâlir de jalousie tous les nobliaux nationalistes au cul poudré.
Son enthousiasme était tel que la jeune métisse se figea, perplexe et intriguée.
Celui qu'elle avait nommé second suite aux derniers faits d'arme posa sur elle un regard inquiet. Quand son hôte commença à la tutoyer, elle braqua une main vive en guise de barrage à la brute épaisse qui s'apprêtait à aller faire ravaler au Vénitien son accès de familiarité.
Offrant son plus beau sourire à celui qui prenait la peine de les recevoir, elle commença l'ébauche d'une révérence.
Monsieur, je vous remercie de nous accorder le...Les yeux équarquillés, elle se redressa. L'enjoué corsaire venait de parler d'un rituel et la seule chose de ces imbéciles gavés de rhum avaient trouvé de mieux à faire c'était de s'interposer, prêts à mettre le "malheureux" en charpie.
Lucila serra les dents. Pourquoi fallait-il toujours qu'une bande de vermines incapables vienne à rappeler son naturel.
MADRE DE DIOS! J'VOUS AI PAS DÉTERRÉS D'VOS BORDELS A PUTES CRASSEUSES ET D'VOS VERRES DE BIÈRE COUPÉE D'PISSE POUR VOUS V'NIEZ ME LES CASSER SEC A LA MOINDRE APPROCHE DIPLOMATIQUE!De son côté, le Vénitien tâchait de régler le problème plus...diplomatiquement, justement. Sans doute afin d'éviter de subir une fois de plus l'assaut de la voix juvénile mais criante d'autorité de leur capitaine, les hommes finirent par s'écarter avec mauvaise grâce.
Lucila, vêtue à la garçonne, tricorne solidement enfoncé sur sa tête d'où partait de longs cheveux noirs rebelles, s'avança vers le corsaire.
Afin de donner plus de poids à cette cérémonie non négligeable, elle posa un genoux à terre. Le discours commença pour mieux s'éterniser. Pot de Grappa sous le bras, elle n'osait bouger et le laissa parler jusqu'à qu'il décide lui-même de se taire.
Puis, elle se releva, tout sourire, laissant son genoux craquer.
Tout d'abord, permets-moi te de te remercier pour cet honneur que tu viens de me faire et de te tutoyer à mon tour, puisque c'est l'adage. Tu es, ma foi, la raclure la plus plaisante et bavarde qui m'ait été donné de rencontrer!
Oh, et pardonnes mon équipage. Je pensais avoir choisi les plus intelligents mais...nous dirons qu'ils ont préféré dépenser leurs piastres en rhum plus qu'en mangue et ananas...Bon, d'accord, c'est normal!Un léger sourire vint fleurir sur ses lèvres charnues.
Bien, et puisque tu sembles poursuivre des intérêts identiques au miens, je vais te faire quelques confidences. En ce coin charmant de Caraïbes inconnu des autres navires, c'est, qui plus est, idéal!
Nous autres, mes compadres Chevaliers, autres compadres des Chevaliers et moi-même, avons récemment fichu une sacrée raclée à ces cabrons d'oppresseurs nationalistes!
Comment? Je pense, hélas, mon cher ami, que nous ne sommes pas encore assez intimes pour que je t'en dise davantage.
Mais si tu comptes rejoindre nos rangs, alors...tu en sauras bien plus et ta participation ne sera pas du luxe...Elle posa une main sur son épaule.
Les cartes sont entre tes mains, Vénitien, mais je crois qu'il serait temps, en effet, d'hisser la grand'voile et de repartir vers le large!
Pirates, forban, bandit tu seras aux yeux de ces cul-bénis à la "précieuse cruauté". Leur plomber le derrière d'un tir de ramé pour faire taire leurs jolies bouches en cœur...
Oui, c'est cela que tu veux, hein? Alors REVIENS parmi-nous et lève le Pavillon Noir!